samedi 6 septembre 2014

483° Autopsie de l'actualité




Si le journal de France 2 s'est offert un nouveau studio en forme de cuvette de chiottes, c'est peut-être pour l'adapter à la puanteur de l'actualité… Moi, j'aimais bien l'ancien studio, avec ses fenêtres donnant sur le pont du Garigliano et les immeubles parisiens. Bon, c'était le seizième arrondissement, chasse gardée de Monsieur Goasgen, ancien partisan de Tixier Vignancour et présent ceint de son écharpe tricolore à la manif pour tous… Mais bon, c'était Paris tout de même, on voyait des gens, des voitures sur le pont, des autobus, de la vie.




Le nouveau studio est un compromis entre une cuvette de chiottes et l'intérieur d'un congélateur. Glacial et impersonnel, il ressemble au plateau d'une morgue où l'on va disséquer une actualité qui, dans un tel décor, ne semble déjà plus vivante.

La genèse de pareil recadrage peut donner lieu à un vaste débat. Depuis que l'art de la politique s'est réduit à une escarmouche de communication, et qu'on s'occupe de plus en plus des « personnes » politiques sous leur aspect privé faute d'avoir quelque chose de sérieux à commenter sur leurs actions publiques, on pourrait imaginer que la transformation du studio d'information en laboratoire de biologie pourrait viser à recadrer efficacement l'analyse des événements.

Hélas, ce n'est pas le cas. Des journaux entiers se passent toujours à interviewer des baigneurs qui attendent le soleil, des mémères du marché qui trouvent que les carottes sont chères et mauvaises mais qui les achètent quand même, des automobilistes coincés dans les embouteillages mais qui ont quand même pris la route, des témoins qui n'ont rien vu mais ont un avis sur ce qu'il aurait fallu faire, des gens qui achètent le bouquin de Trierweiler « pour quelqu'un d'autre » et des libraires qui le trouvent ignoble mais en disposent une montagne sur la première table devant la porte de leur magasin.

Le défilé de crétins inutiles que nous servent les journaux télévisés est un véritable inventaire à la Boris Vian, une sorte de remplissage de minutes par lequel on essaie d'impliquer des gens qui ne dirigent rien, savent tout sur les choses auxquelles ils sont étrangers, ont des avis sur la vie des autres même lorsqu'elles n'empiètent pas sur la leur, et se lamentent sur des faits dont leur triste quotidien construit la pente savonneuse qui les a rendus inéluctables.

Comme le bouquin de Trierweiler, et ses nombreux lecteurs si empressés…
Pour moi, les gens qui s'occupent du cul et le la vie privée des autres sont ceux qui, précisément, s'ennuient avec les leurs. S'ils trouvent le lit de leurs voisins intéressant, c'est qu'il ne se passe rien dans le leur…


Les acheteurs des mémoires d'outre-alcôve de madame Trierweiler sont des lecteurs de presse de tampon hygiénique et de capote usagée. Ceux-là même qui défilaient à la manif pour tous parce que ça les faisait chier de voir des hommes et des femmes vouloir concrétiser par leur mariage un amour réciproque alors qu'ils en sont depuis des lustres à gérer la SARL famille-modèle dans le huis-clos d'une bobonne qui ne baise plus, d'ados en révolte, du curé qui réglemente tout ce à quoi il ne connaît rien à la maison, le tout au sein d'une république qui persiste à rester laïque. Une véritable double vie qui deviendra bientôt plus marginale que celle de gays assumés.

Viser l'immense public des mal-baisés en publiant un livre de vengeance pétassière contre l'instigateur (un peu involontaire, mais responsable tout de même…) du mariage pour tous, c'était un succès de librairie assuré. D'ailleurs, pris au déboulé d'un interview surprise, certains réalisent vaguement le piège dans lequel ils sont tombés, comme cette brave dame interviewée qui achetait le livre « pour sa mère, mais moi je le lirai pas », et cette autre « sur les conseils de son libraire qui m'a un peu forcé la main »… On avait Dallas à la télévision, nous l'avons maintenant chez l'épicier.

Anne Sinclair, Hillary Clinton et Ségolène Royal qui ont, avant Trierweiler, connu des déboires conjugaux ont pourtant montré ce que pouvait être la grande classe. On en déduira que nous n'avons pas affaire, avec l'ex-première maîtresse, à la même qualité de personnage et de caractère. Il y a celles qui marchent sur le boulevard et celles qui préfèrent le caniveau.

Ceci dit, c'est aussi à cause de l'actualité qui cherche ses informations dans les paniers de linge sale que nous en sommes arrivés là. Au bon vieux temps de la République de la dignité, il y avait une première dame à leur place. Ensuite, on a au des premières, puis des deuxièmes épouses, des « connaissances » à la Félix Faure, et maintenant des nièmes maîtresses. Personnellement, je suis contre la présence de personnes non élues dans le monde politique. On ne les emmène pas au bureau, que je sache... Ou alors, changeons la constitution et élisons des couples… Assumons.

Mais quitte à se les farcir, tant vaut regarder les hommes et femmes politiques comme des gens ordinaires, autant dire des cocus en puissance : si tous les époux et les épouses larguées devaient écrire un livre de doléance en trempant leur plume dans les aigreurs d'orgasmes inachevés et le publier comme un dazibao devant le voisinage ébahi, où irions nous ?

Dans le hall de chaque immeuble, il y aurait un tableau d'affichage où chaque époux éconduit, chaque épouse délaissée raconterait par le menu ses pauvres galipettes ratées et les mauvaises odeurs de la couche matrimoniale ? Certains sites internet se sont lancés dans ce créneau ; ils sont condamnés les uns après les autres.

D'ailleurs, sur le sujet, Madame Trierweiler a quelques ennuis avec des républicains obstinés qui ont épluché les comptes de son train de vie élyséen…  comme quoi l'étalage de la vie privée ne réussit pas à tous les coups.

Quant à imaginer un lien entre la vie d'alcôve et la vie politique, c'est là toute l’infamie d'une presse et d'une opposition qui démontrent par cet amalgame qu'ils sont aussi incompétents et malhonnêtes dans leurs arguments politiques que dans leur vie quotidienne.

Avec tous ces caleçons agités au vent et la volée de morpions qui s'en échappe, le reste de l'actualité paraît presque terne. Les droits LGBT, qui devraient constituer la trame de ce blog, passent quasiment au second plan. La PMA accordée aux couples hétéros et toujours refusée aux couples lesbiens reste une pierre d'achoppement de l'inégalité qui persiste au regard de la préférence sexuelle.

Même la crise et le chômage ne sont plus que des sujets dont le gouvernement « ferait mieux de s'occuper au lieu de... »
Les attaques racistes contre Najat Vallaud Belkacem et Christiane Taubira poussent comme des mauvaises herbes dans le jardin du web, mais personne n'est poursuivi en conséquence.

Pourtant, dans la blessure infectée des droits de l'homme, le grouillement des asticots et autres cloportes continue. On donne 40 milliards aux patrons, mais seulement 160 millions à la lutte contre Ebola. Le Front National découvre avec stupéfaction qu'il est littéralement infiltré d'homosexuels jusque dans ses instances très supérieures. Au point que, après qu'on les ait peu entendus au niveau national avec la manif pour tous à la plus grande déception de leurs affidés de base, on assiste au niveau local à une application du couvercle sur les revendications homophobes : les élus FN marient en loucedé des couples gay de militants méritants…


C'est Mariton qui, avec ses discours doucereux et son ton maniéré et obséquieux, en se présentant aux primaires de l'UMP pour les présidentielles, tente de doubler le FN par la droite sur le terrain de l'homophobie. Parce que : qu'on ne vienne pas nous resservir le discours suivant lequel ces gens là ne seraient pas homophobes… Assujettir l'égalité des droits des Français à leur préférence sexuelle, c'est bien de l'homophobie. What else ?

Le superbe studio des infos de la 2 en forme de cuvette de waters comporte-t-il une chasse d'eau ?
Parfois, on a envie de la tirer...



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